Témoignage de manon

Je m’appelle Manon, je suis maman de trois petites filles : une grande de 7 ans, une petite de 4 ans et sa sœur jumelle qui nous a quitté au cours de la grossesse.

Quand je suis tombée enceinte pour la deuxième fois, j’étais assez sereine d’avoir déjà vécu ça, de savoir à peu près comment tout allait se dérouler.  À une exception près : celle de la grossesse gémellaire qui a été détectée à ma toute première échographie.  Ça a été un vrai choc pour moi, mais aussi pour mon mari. La gynécologue m’avait tout de suite mise en garde sur mon type de grossesse qui était à risque, mais moi j’étais concentrée sur ce raz de marée qui était en train d’envahir notre vie.

J’ai bénéficié d’un suivi rapproché dans une maternité de niveau 3, avec des rendez-vous très réguliers. De mon côté, tout se passait bien, évidemment le chamboulement était tellement fort qu’on se concentrait sur les aspects très pratiques et d’organisation, sur la vie à 5 qui nous attendait, tout en écoutant d’une oreille distraite les inquiétudes des médecins et de nos proches.

En décembre 2020, à 24SA, lors d’une de ces consultations de suivi, l’échographie de contrôle a révélé un écran noir. J’ai su tout de suite ce qu’il se passait. L’équipe de l’hôpital avait été si prévenante qu’ils m’avaient sensibilisé au sujet mais évidemment, on pense toujours que ça n’arrivera qu’aux autres. J’ai été opérée en urgence d’un Syndrome Transfuseur Transfusé de stade 3 pour lequel je n’avais ressenti aucun symptôme. Une fœtoscopie laser avec un retrait d’un grand volume de liquide amniotique qui était en excès.

Le lendemain matin de l’opération, nous avons appris que la donneuse était décédée. À partir de ce moment-là, tout a été mis en sursis, tout n’était qu’attente, espoir et peurs pour la suite. Je pense vraiment que mon corps a enclenché un mode survie, pour affronter chaque jour qui passait. Il fallait avancer, se concentrer sur la vie et sur le cœur de notre petite fille qui continuait de battre, tout en vivant et en portant un deuil.

Les rendez-vous à l’hôpital et le suivi à domicile par une sage-femme a rythmé ma vie pendant quelques semaines. Jusqu’à 29SA où j’ai ressenti une très forte et vive contraction. J’ai perdu les eaux et ai été hospitalisée. Le personnel de l’hôpital a fait un travail incroyable, pour me rassurer, mais aussi pour me préparer au mieux à la suite : une naissance prématurée et un nouveau combat qui s’annonçait.

J’ai eu la chance pendant cette courte grossesse d’avoir eu le temps de bénéficier d’une séance de sophrologie avec une sage-femme. Elle m’avait appris quelques techniques pour focaliser son attention, se détendre, s’évader et ces conseils ont été un vrai cadeau pour vivre le choc de l’opération et de l’accouchement en urgence.

Mes filles sont nées à 29SA et 4 jours, l’une pleine de vie et de force pour affronter la prématurité, et l’autre dans un silence assourdissant. Cet enchainement de fortes nouvelles et de journées difficiles à encaisser a laissé une trace indélébile en nous, mais aussi dans le cœur de nos filles, qui ont appris à vivre et grandir avec l’expérience du deuil, de l’urgence et du caractère imprévisible de la vie. C’est d’un côté très dur à vivre et à surmonter, mais c’est aussi, je pense, une vraie force.

Aujourd’hui, notre survivante va très bien. Elle va à l’école et n’a aucun souci de santé particulier, à part un asthme du nourrisson qui lui colle encore un peu à la peau. Notre grande fille a fait preuve d’un amour immense pour sa petite sœur et elles sont très liées toutes les deux. L’accompagnement par une pédopsychiatre a été décisif pour nous sur ce point : il nous a permis d’obtenir des clefs pour en parler librement en famille, d’avoir des références de livres pour évoquer le sujet du deuil périnatal, de la prématurité.

Évidemment notre petite fille nous manque et nous pensons à elle chaque jour. Je suis infiniment reconnaissante pour le travail des personnes qui ont suivi cette grossesse, cette naissance et les mois qui ont suivis.

Delph